Hôpital Privé Saint-Claude : le combat d’une clinique privée

 

Face à l'épidémie de Covid-19, les établissements publics ne sont pas les seuls sous tension. Les cliniques luttent aussi au quotidien.

 

Exemple à l'hôpital privé Saint-Claude de Saint-Quentin
 

Au sortir de sa cellule de crise de début de semaine, la direction de l'hôpital privé Saint-Claude de Saint-Quentin a appris mardi matin que son huitième et dernier lit disponible USI (Unité de soins intensifs) Covid serait occupé dans la journée, après le transfert d'un malade venu de Berck (Pas-de-Calais), en fait une femme originaire de Chauny.

« Depuis le lundi 29 mars, nous avons été sollicités avec la montée en charges contre le Covid. Et de quatre lits USI-Covid autorisés, nous sommes passés à huit. Ce qui nous a poussés à limiter notre activité chirurgicale pour le personnel et pour l'espace de l'ordre de 30 à 40 % », détaille le directeur Philippe Guibon. Lequel tient à souligner, ce qu'il a rarement vu ailleurs à ce point, « une très bonne collaboration et coordination » entre l'hôpital public pivot de Saint-Quentin, son établissement privé appartenant au groupe Elsan et l'ensemble des autorités, maire, ARS et préfecture.
 

Épuisé, le personnel reste mobilisé
 

La clinique Saint-Claude étant aussi centre de vaccination anti-Covid, à raison de 200 injections/jour prévues, surtout le Pfizer : le parking était bien bondé et les passages nombreux, en ce début de semaine après un week-end de Pâques de trois jours. Le fléchage empêche le croisement des patients et visiteurs. La température de chaque personne entrant est aussi contrôlée.

La situation sanitaire ne s'améliore pas en ce début de troisième reconfinement généralisé dans le pays. « Nos patients du Covid sont de plus en plus jeunes. La durée moyenne des hospitalisations s'allonge à trois jours supplémentaires, par rapport à la première vague d'il y a un an. Malheureusement, des gens de 30-65 ans sont en état critique plus rapidement , expose la directrice des soins Françoise Leclercq. Le personnel reste mobilisé, malgré l'épuisement et même si c'est psychologiquement plus difficile. Il faut aussi adapter nos ressources humaines, par rapport à la gestion des enfants, l'école à distance et les vacances avancées d'une semaine ».
 

Le constat terrible du médecin chef de l'unité Covid
 

Après un an d'épidémie, rien n'est simple et plus personne n'oserait minimiser la crise sanitaire et sociale. Sûrement pas le docteur urgentiste-anesthésiste Djamal Bouyahiaoui, responsable de l'unité Covid pour l'hôpital privé. « On aurait dû reconfiner en janvier. C'est une catastrophe , lâche même le médecin. Nous sommes confrontés pour la grande majorité des malades au variant anglais, à une transmission fulgurante et à une évolution parfois foudroyante en quelques heures ». Son constat est implacable. « Lors de la première vague, les patients mettaient sept jours pour aller mieux, là c'est dix à quinze jours. Nous soignons des embolies pulmonaires de patients d'à peine 35-40 ans ».

Le docteur Bouyahiaoui insiste sur la nécessité de continuer à respecter les gestes barrières, y compris pour les personnes vaccinées qui, certes protégées, peuvent toujours contaminer les autres. Pour lui, la situation ne s'améliorera pas tant que 80 % de la population, au minimum, ne sera pas vaccinée. Il défend aussi avec force l'ensemble des vaccins, y compris l'AstraZeneca, controversé ces dernières semaines en Europe. « Dès la première injection, ce vaccin protège à 75 % dès J+7 , affirme le médecin. Les risques de thrombose pour une femme sont bien supérieurs si elle prend la pilule et continue de fumer ».


 

© Courrier Picard, le 06/04/21 par Nicolas Totet
© Photo : Fred HASLIN