Le Centre Clinical de Soyaux s’équipe du laser Holep pour traiter les adénomes de la prostate

Le centre clinical s’est doté d’un laser pour traiter les adénomes de la prostate. La Charente rattrape ainsi  ses voisins. Un confort pour les patients qui souffrent moins et moins longtemps. Lancement officiel aujourd’hui.

Dans la fraîcheur du bloc, le patient a été installé plutôt inconfortablement. Sexagénaire corpulent, et surtout, équipé d’une sonde urinaire, après pas loin de dix ans de traitement. Hypertrophie bénigne de la prostate. Ou adénome prostatique. Le traitement, ça lui a permis de patienter. Jusqu’à la chirurgie.  «Sa prostate est très grosse, pas loin de 150 grammes, c’est beaucoup, et surtout, cela compresse le canal de l’urètre, ce qui l’empêchait d’uriner», explique son chirurgien urologue, installé sur son tabouret, joystick en main.

Sous anesthésie générale, le patient est en train de jouer les cobayes pour les urologues de la clinique. Opération formation à la nouvelle technique tout juste importée dans l’établissement. Il ne sera pas opéré «à l’air libre», comme c’est souvent la règle. «On ouvre, on décolle la prostate, on enlève et on referme».

L’opération s’effectue par voies naturelles. Une sonde, une tige métallique, un laser. C’est Holep, pour «Holmium laser enucleation of the prostate», énucléation au laser de la prostate. «C’est de la plomberie, image le chirurgien. Avec un seul but, retrouver un flux.» Il existe déjà des techniques endoscopiques. Le laser apparaît moins invasif. Mais il n’est utilisé que pour les adénomes. Pas pour les cancers de la prostate. «On n’enlève pas totalement l’organe, mais le “noyau”. 

On ne peut pas vivre avec une sonde 

L’œil rivé sur l’écran de son moniteur, le chirurgien guide la progression de son appareil. Le geste est précis. À ses côtés, une infirmière règle à sa demande la fréquence du laser pour couper ou coaguler. «Les saignements sont limités. Le risque infectieux est bien moins impor tant que lorsqu’on ouvre. C’est ce qui permet aux patients de rester moins longtemps hospitalisés». 24 à 48 heures avec une sonde et des lavages au lieu de cinq à sept jours. «À un moment, concède l’urologue, c’est une chirurgie de confort, mais si on ne le fait pas, on risque des complications». Son patient s’est retrouvé en rétention d’urine il y a un mois. «On lui a posé une sonde. On ne peut pas vivre avec une sonde», justifie le chirurgien.

 Au bout d’une heure d’intervention, son laser a bien progressé. A l’aveugle. «Au départ, ce n’est pas facile». Formé à La Roche-sur Yon, d’où il arrive, avec 250 interventions à son actif, sa géographie de la prostate s’est sérieusement affinée. C’est difficile à imaginer sur l’écran où alternent les vagues blanches et rouges, mais il sait où il est. Sous ses yeux, la matière fibreuse s’effiloche. «Là, j’ai terminé le côté droit, au moins jusqu’au col vésical. Hop! Là, je pars de l’autre côté».

Un peu de délai et «tout ce que je coupe, je l’envoie vers la vessie, qui est un organe clos qui ne risque pas de fuir». Le chirurgien change d’outil enfile une sorte de trépan, un «morcellateur» , et commence à attaquer la matière pour la réduire en minuscules particules qui seront évacuées dans le sérum qui irrigue toute l’intervention. 

Aujourd’hui, les urologues de la clinique sont en formation avec leur confrère et un formateur extérieur. Pour officiellement lancer la technique à la clinique. « On apprend. Au bout d'une vingtaine d’interventions, on est bons», estime le chirurgien. Le patient est sur la table d’opération depuis près de deux heures. La voie est libérée.

Tous les urologues de l’établissement pourront maîtriser la technique. Six infirmières de bloc ont elles aussi été formées. «Il a fallu que l’on s’adapte, glisse l’une d’elles. Notamment à gérer nos stocks de sérum. Sur une intervention comme ça, on peut en passer 60 litres».


©La Charente Libre, le 28 juillet 2020 - Par Jean-François Barré

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