“Ségur de la santé”: le président d’ELSAN identifie deux leviers pour donner des marges financières aux établissements

PARIS, 9 juin 2020 (APMnews) - Le président du groupe de cliniques privées Elsan, Thierry Chiche, a identifié
deux leviers pour permettre aux établissements publics et privés d'obtenir des marges de financement pour
augmenter les salaires des soignants et investir, a-t-on appris mardi lors d'un entretien avec le président d'Elsan.

 
"L'enjeu du 'Ségur', c'est à la fois de trouver la bonne revalorisation des salaires du public et du privé, et de le
faire de manière équitable", a indiqué Thierry Chiche, le président du groupe Elsan, contacté mardi par APMnews.
 
Il a souligné au passage que les infirmiers et les aides-soignants travaillant dans le secteur privé touchaient des
salaires respectivement inférieurs de 8% et de 14% à leurs confrères du secteur public, en citant la direction de
la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees).
 
"Les soignants dans le privé ont les mêmes formations, ils font les mêmes missions, ils soignent les mêmes
malades, et contrairement à une idée reçue, ils sont plutôt moins bien payés que dans le public", a-t-il pointé.
 
Si Thierry Chiche a reconnu que les établissements privés fixaient eux-mêmes le niveau de rémunération de
leurs personnels, il a expliqué d'une part, qu'ils ne percevaient pas de recettes comme les dotations pour les
missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation (Migac) et les missions d’intérêt général  d’enseignement, de recherche, de rôle de référence et d’innovation (Merri), et d'autre part, qu'ils étaient
confrontés "à de telles contraintes budgétaires, que c’est impossible sans financement [extérieur]".
 
Pour que les établissements publics et privés puissent dépasser ces contraintes et revaloriser les salaires des
paramédicaux, il recommande donc la suppression de la taxe sur les salaires, qui représente selon lui "10% de la
masse salariale" des établissements publics et privés.
 
"C'est une taxe totalement idiote, car elle est circulaire", a-t-il affirmé, expliquant que "l'État donne d'une main
sur les tarifs [hospitaliers] et reprend de l'autre avec cette taxe".
 
Il a ajouté que ce prélèvement, qui n'était pas compris dans l'objectif national des dépenses d'assurance maladie
(Ondam), représentait également des charges administratives supplémentaires pour l'État et les établissements.
 
L'amélioration de l'attractivité des carrières de soignants "passe évidemment par des revalorisations", pour le
président d'Elsan, "mais aussi par des parcours de carrière plus attractifs et des opportunités d'évolution de
carrière, qui sont aujourd’hui assez limitées".
 
"Le 'Ségur' ça doit être avant tout un 'Ségur' qui reconnaît tous les individus qui ont permis au système de tenir
[pendant la crise du Covid-19], donc essentiellement les acteurs de terrain", a-t-il insisté.
 

Augmenter les tarifs hospitaliers pour redonner aux établissements les moyens d'investir

"L'autre façon de financer des augmentations, c'est bien sûr d’augmenter les tarifs", a enchaîné Thierry Chiche,
"c'est d’investir dans l'hôpital pour donner aux personnels soignants les moyens d’assurer ses missions".
 
La marge d'investissement ainsi dégagée ne devrait pas être consacrée au lancement de "nouveaux bâtiments
coûteux à entretenir", mais au financement des équipements courants et aux systèmes d'information.
 
Il a pris pour exemple la digitalisation des identifiants de suivi des dispositifs médicaux implantables (DMI) dans
certains établissements d'Elsan, qui permettent de faciliter la traçabilité des DMI et leur facturation en sus, tout
en minimisant les possibilités d'erreur et en dégageant du temps pour les soignants.
 
"Ça coûte très cher à installer, pour un établissement ce sont plusieurs centaines de milliers d'euros
d'investissement", a-t-il fait remarquer, "mais ça vaut le coup, c’est l'avenir, mais il faut le financer".
 
Il a assuré au passage que le programme Hop'EN (Hôpital numérique ouvert sur son environnement), doté à
hauteur de 420 millions d'euros (M€) n'était "pas du tout à la hauteur des enjeux".
 
Interrogé par APMnews sur les modalités de la reprise d'activité des établissements de son groupe, il a indiqué
que celle-ci était "assez rapide, plus rapide qu'on ne le pensait".
 
Il a toutefois identifié deux contraintes majeures dans ce cadre, avec en premier lieu les contraintes
opérationnelles mises en place pour prendre en compte les risques sanitaires liés au Covid.
 
Les établissements, qui ont fermé leur salle de réveil pour garder les patients en salle d'intervention jusqu'au
moment où ils peuvent regagner leur chambre, sont contraints à une cadence d'intervention sensiblement
inférieure.
 
La seconde contrainte, "encore plus pesante", réside dans l'utilisation de certaines molécules (curares,
midazolam, propofol) et devrait également ralentir l'activité des établissements "au moins jusqu'à la fin de l'été".
 

©APM News, le 09/06/2020 – Par Geoffroy Lang

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